lundi 1 février 2010

A force de crier au loup ...

Aujourd'hui c'est le premier Février. C'est donc le premier jour du mois le plus ridicule du calendrier grégorien mais c'est aussi l'anniversaire de Jean Roucas. Comme quoi il ne se passe pas que des choses inutiles en Février.

Bon sinon puisqu'il est là Ahmed va vous délivrer un petit peu le fond de sa pensée parce qu'il sent que ça vous manque et puis, comprenez le : la semaine dernière son ami Dominique de V. a été blanchi dans une sombre histoire de lettre de cachet, il a donc pu en voir de l'idée qui a touché le fond. Loin d'Ahmed l'idée de remettre en question les décisions de justice ; d'abord parce que c'est illégal (même si vous vous doutez que c'est bien là le cadet des soucis d'Ahmed ...) et ensuite parce que n'ayant pas accès au dossier et ne lui faisant que moyennement confiance (un dossier ça trompe énormément dans ce genre d'affaire), il aurait du mal à donner un avis constructif. Non ce qui est intéressant dans cette histoire c'est que ce cher Dominique était donné perdant à plus de 30 contre 1 chez tous les bons bookmakers (je vous laisse calculer combien Ahmed s'est fait sur ce coup en vous donnant comme indice de départ qu'il a parié l'équivalent du salaire annuel d'un ouvrier de chez Continental ...) et ce pour la simple et bonne raison qu'il avait pour adversaire un chef de bande assez peu scrupuleux sur le respect des règles.

Cela ne vous aura sûrement pas échapper, surtout si vous habitez à proximité du 8e arrondissement parisien : à l'annonce du résultat du procès, une énorme explosion de rage et de frustration a fait frémir l'échine de tous les gardiens de la paix du rond point des champs-élysées au triangle de Rocquencourt. Ahmed, qui s'y attendait un peu, en a même profiter pour se faire sauter un pv, c'est incroyable comme c'est crédule un policier qui craint pour son chef de meute ...

Mais, rebondissement dans l'affaire, et nouvelle occasion de ruiner un bookmaker, le lendemain de l'annonce du verdict, le procureur de la République Jean Claude M., vieille connaissance d'Ahmed et de certains de ses clients à la plume déliée, déclare qu'il fera appel dans le procès, retournez à la case départ, démerdez vous pour que personne ne voit que vous avez touché 20.000 francs. Ahmed, rassurez vous, ne fut pas franchement surpris par cette annonce ; en revanche Dominique eut la vague impression de se faire niquer, tout simplement, et ne se fit pas prier pour le dire à qui voulait bien l'inviter à une heure de grande écoute. Les adversaires de l'ennemi juré de Dominique, amis de circonstances selon le fameux principe de transitivité amicale, lui emboitèrent le pas et les ondes furent soudain envahies d'analyses critiques du système judiciaire et de comparaison plus ou moins subtile de celui-ci avec celui d'une république bananière.

Jusque là rien de bien surprenant finalement pour qui est un peu introduit dans le milieu politique français (Al-hamdu-lellah les bookmakers ne s'intéressent pas à la politique ...) par contre ce qui met complétement Ahmed sur le cul, c'est le déferlement de réponses et de justifications des proches du chef de gang sus-mentionné. Visiblement ces gens ont une bien piètre connaissance du fonctionnement de l'humain en société : d'abord parce que quand tout un clan, dont les membres affichent très clairement leur appartenance (limite plus que les membres d'une équipe de football de ligue 1), font presque mot pour mot la même déclaration sur toutes les chaînes de télévision et stations de radio du paf, ils perdent nécessairement en crédibilité et seul un homme ayant le QI d'un saint-bernard peut s'imaginer que leur déclaration reflète leur véritable pensée ; ensuite quand cette attitude se répète à la moindre polémique et s'amplifie d'autant que le mensonge est éhonté, même des enfants à la mémoire de carpes consanguines se rendraient compte de la supercherie ; mais surtout il faut vraiment être con comme un bigorneau pour croire que c'est en criant à qui veut l'entendre et avec tous ses amis que "non, non, non ce n'est pas moi qui ait embaumé de mes effluves rectales cette cage d'ascenseur" que l'on va s'innocenter, surtout quand on a le front qui sue et le caleçon qui pue.

Bref, personne n'est dupe, Dominique de V. a un adversaire tenace et légèrement puéril qui a le bras beaucoup plus long que sa courte taille ne peut le laisser imaginer et les amis de celui-ci sont d'une loyauté et d'une abnégation intellectuelle dignes des hommes de main d'Ahmed Kelly. Espérons pour eux, et pour le salut de leurs familles, qu'il n'obtient pas cette abnégation par les mêmes moyens ...

En attendant l'intelligence ne brille visiblement pas plus dans un certain immeuble de la rue de la Boétie que dans un certain monastère moyenâgeux où une autre bande de suiveurs décervelés a inventé un mois à la mords-moi-le-nœud.

jeudi 28 janvier 2010

Brève

Parfois Ahmed, saoul, pense, rage, enrage, s'énerve et expulse pour des raisons que d"autres trouveraient futiles. Il brûle, seul, les pouvoir que lui ont donnés les dieux et pourtant vole de ses propres ailes. Quand la masse essaie de lui imposer une attitude, il se rebiffe, pense par lui même, crée et rêve. Il a envi de crier, de se battre, d'exploser. Pourtant Ahmed est civilisé, il n'attaque pas le faible quand il est à terre ; il prend sur soi. Mais au moment fatidique, il explose, tue sans raison, vide son chargeur, se calme, recharge et impose.
Telle est la vie d'Ahmed.

jeudi 21 janvier 2010

La valeur n'attend point le nombre des écrits

Qu'il y a bien longtemps qu'Ahmed n'a pas écrit sur ces virtuelles pages... Que voulez vous la vie d'un homme comme Ahmed Kelly n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air et, si Ahmed recherche inexorablement la liberté, celle d'avoir du temps pour écrire ne lui est pas forcément accordée par le cour tumultueux des évènements.

Ahmed Kelly pourtant, fidèle à lui même, vie et sur-vie comme jamais, au point que parfois il perd un peu le fil. En effet depuis quelques temps l'arythmie prend le pas sur le quotidien et Ahmed peine parfois à sortir la tête de l'eau. N'allez pas croire, cependant, qu'Ahmed puisse être dépassé par le tumulte écumeux du destin, Ahmed Kelly gère, c'est intrinsèque ; mais son emploi du temps chargé ne lui laisse que peu de temps pour complaire à votre juste attente de prose alambiquée.

Maintenant rassuré sur la santé de votre démiurge, votre curiosité ne pourra être satisfaite que par le récit de ses tribulations. Malheureusement pour vous celui ci est pris dans les affres d'une activité chômée et d'une sociabilité misanthrope.

Les esprits les plus affutés ne se laisseront pas avoir par une telle accumulation de grands mots et de figures de styles classiques et insisteront pour connaître le fin mot de l'histoire, mais de la même façon qu'Ahmed ne peut se brûler les ailes, Ahmed n'est pas tenu de tout vous révéler. Ahmed lévite et Ahmed s'imagine ; il ne peut être appréhendé dans son ensemble. Ceci dit, l'approche du mois honni ne peut que l'inciter à vous en dire plus. Vous apprendrez donc bientôt comment Ahmed a battu une fois de plus l'ange de la mort, comment il occupe ses journées et comment il considère les agitations telluriques que le destin provoque pour rappeler au monde que non, tout l'organisme planétaire n'est pas en bonne santé.

Ceci étant écrit, Ahmed ne s'envolera pas et ses écrits resteront les preuves que tout en ce monde n'est pas formaté, même si, pour répondre à la pression populaire et aux aléas du média qu'il utilise, ceux ci se feront plus court et s'il le faut plus concis. Ahmed n'écrit pas pour les idiots mais il peut comprendre que ses lecteurs n'ont pas tous le temps de se plonger dans l'interminable lecture des divagations éthérées d'un énergumène, quand bien même celui ci se nommerait Ahmed Kelly.

jeudi 24 décembre 2009

En Décembre 1999

Mon ami Kuhn a lancé l'idée de raconter son nouvel an de l'an 2000 et plus généralement ce que l'on était en Décembre 1999, comme personnellement je n'ai rien d'intéressant à dire sur le sujet on va plutôt parler d'Ahmed Kelly





En Décembre 1999, Ahmed Kelly avait dix ans de moins, comme beaucoup de monde et quelque soit le calendrier, mais je n'en dirais pas plus car il n'est sûr pour personne de connaître le véritable âge d'Ahmed Kelly. Vous allez vous dire que ce n'est pas là un cadeau fait à ses biographes, puis vous réfléchirez un peu et vous vous direz avec raison qu'il doit y avoir plus sûr comme boulot que biographe d'Ahmed Kelly. Pour vous dire toute la vérité, l'âge d'Ahmed n'a pas toujours été un secret, il existe même des gens, en dehors de ses proches parents, qui doivent encore se rappeler de sa date de naissance mais il advint dans la vie d'Ahmed un évènement tragique qui recouvra cette date du sceau du secret. Cet évènement eut lieu il y a quelques années de cela... laissez moi réfléchir un peu... c'était il y a... tout juste dix ans ! Quelle coïncidence ! Si vous ne me connaissiez pas vous pourriez croire que je l'ai fait exprès mais vous n'êtes pas comme ça et comme pour ma part je suis grand prince je ne vais pas vous laisser sur votre faim et le fin mot de cette histoire ne restera pas tue.

Il y a dix ans donc, Ahmed ne s'était pas encore installé à Paris ; il avait bien entendu déjà eu l'occasion de traverser la frontière qui sépare la cité littéraire de la barbarie et que les autochtones appellent boulevard périphérique, mais il habitait toujours sur la terre de ses ancêtres. Il y a dix ans Ahmed ne possédait encore que peu de chose, pas l'ombre d'un jet privé aux abords de la maison paternelle, à peine une barque dans le port et quelques dromadaires pour faire tourner les affaires de la famille. Mais Ahmed possédait déjà ce qui allait lui ouvrir les portes de la fortune, des plus grandes capitales et de faramineux capitaux : sa tête et sa machette.

Vous allez vous demander ce qu'un fils à papa peut bien faire avec une machette et une barque et cela prouvera bien que vous avez l'esprit d'entreprise foutrement limité par votre sens moral car sachez, lecteurs incrédules, que si pour le poète rien n'est impossible à coeur vaillant, dans la réalité un coeur vaillant ne vaux pas tripette face à une lame acérée portée par une main sans foi ni loi. En l'occurrence, une fois sa décision prise de prendre le monte charge social, Ahmed Kelly ne s'est pas embarrassé de remord ou de vaillance. Il commença son périple au port local ; un garde attrapé par les cheveux et une trachée tranchée plus tard, il se retrouva maître d'un chalutier. Ahmed Kelly aime la bonne chère mais pas de là à aller la préparer lui même et encore moins à en aller chercher la matière première au fond de l'océan. Au commande de son nouveau vaisseau, il fit donc le tour de la rade pour trouver bâtiment plus adapté à ses ambitions et le destin, qui garde toujours un oeil attentionné sur notre cher Ahmed, l'amena en vue d'un yacht à l'allure beaucoup plus convenable. Ahmed n'a jamais vraiment suivi de cours de piraterie mais il n'est pas plus compliqué d'attaquer un yacht que de castrer un dromadaire : il suffit de lui présenter quelque chose de suffisamment intéressant à la proue pour qu'il ne fasse plus attention à sa poupe. La mise en pratique fut immédiate, Ahmed amarra le chalutier, auquel il avait préalablement mis le feu, sur la trajectoire du yacht lequel stoppa sa course, les passagers duquel se précipitèrent au museau pour tenter d'éteindre le feu (et surtout de voir un ou deux marins mourir dans d'atroces souffrances) et le cul duquel étant laissé sans surveillance. Ahmed Kelly, que l'on a appelé le marsouin dans son enfance, ne mis que quelques minutes pour rejoindre le pont arrière du navire à la nage la machette entre les dents. Il se dirigea ensuite directement vers le poste de pilotage où d'un swing parfaitement maîtrisé il fit voler la tête du matelot de quart et trouva, comme dans tout bon navire, la seule arma à feu du bord. Il ne lui suffit plus ensuite que de monter sur le pont avant, d'abattre sans sommation un membre de l'équipage, de prendre en joue le reste et d'intimer l'ordre à tous les passagers sauf au capitaine et au propriétaire de sauter par dessus bord en tirant une balle dans la jambe de ce dernier pour devenir maître d'un deuxième navire dans la journée.

Le sort, qui est un peu jaloux de l'attention que porte le destin à Ahmed et qui a secrètement un peu peur de perdre son affection, fit que le yacht qu'Ahmed aborda ce jour là était celui d'un trafiquant de drogue fort imprudent ; Ahmed tira donc de cette aventure, outre une coquette somme de départ pour ses futures activités sous forme de briques de résine, un certain nombre d'enseignement : d'abord ne jamais s'arrêter pour sauver un pauvre qui brule, ensuite ne jamais transporter lui même sa marchandise surtout dans un véhicule qu'un pauvre ne peut pas s'acheter et enfin ne plus jamais être pauvre.

En décembre 1999 Ahmed Kelly entrait donc en vainqueur dans le pays qui l'avait toujours tant fasciné par la grande arche de la défense (il a beau ne pas être bien aligné, il reste le dernier arche qui soit effectivement à une entrée de Paris). Dans les quelques mois qui avaient suivi sa maritime entrée dans les affaires, Ahmed avait réussi en revendant le yacht et la marchandise et en torturant suffisamment son imprudent propriétaire à se faire un nom et à reprendre l'organisation du malheureux à son compte. Il avait bien sûr fallu pour cela investir dans des moyens de transports plus sécurisés et des ustensiles d'extorction plus perfectionnés mais à cette époque les marchands d'armes français n'étaient pas trop regardant sur les acheteurs tant qu'ils venaient d'afrique ; quelques têtes appartenant à des collaborateurs récalcitrants du précédent parrain durent aussi sauter mais les mêmes commerçants vous diront que l'on ne fait pas de trafic sans sacrifier quelques cranes ; mais dans l'ensemble rien de bien insurmontable pour notre vaillant Ahmed au coeur si bien accroché.

Une fois dans la capitale, Ahmed ne fut pas long à en découvrir les rouages et s'il eut quelques problèmes à combler le faussé culturelle entre les coutumes de son désert natal et l'improbable croyance populaire de l'époque qui voulait que la France fut la plus grande nation footballistique de la planète, il rencontra, et comprit vite l'avantage de connaître, Coraline, Madeleine, Lucy et leurs amies, surtout parmi une population qui se berce tant d'illusions. A la fin du mois il connaissait assez de monde pour passer en l'an 2000 d'une façon qui allait devenir une tradition pour Ahmed et ses amis et un rêve inaccessible pour ceux qui l'entrevoient ou qui n'en ressentent que les vibrations.

Ainsi commençait le nouveau millénaire, le millénaire d'Ahmed Kelly, celui de l'axe du mal, de la déliquescence et de la décadence, d'internet et de l'électronique, de la barbarie démocratique et de l'aveuglement prophétique, de l'écologie et du capitalisme. Ahmed Kelly le savait, Ahmed Kelly a choisi son camp, le sien, mais si Ahmed Kelly avait fait d'autres choix alors peut être le monde aurait il emprunté une autre direction car après tout quand on est capable d'arraisonner seul deux navires en une journée on doit bien être capable de se battre contre les courants et de diriger sa barque vers des eaux plus clémentes.

Car après tout, c'est écrit : c'est dans les déserts que l'on trouve les meilleurs marins.

Mais vous allez me dire que je n'ai pas expliqué le mystère qui entoure la date de naissance d'Ahmed Kelly et vous aurez l'impression de vous être un peu fait mener en bateau avec cette histoire. Ceci dit vous remarquerez, car vous êtes perspicaces, que je n'ai pas non plus expliqué pourquoi Ahmed ressentait un tel besoin de quitter sa tribu, ni comment il ne pouvait posséder à cette époque qu'une barque et une machette. Puis vous vous souviendrez qu'Ahmed Kelly n'offre jamais de cadeaux aux anniversaires (et encore moins pour la sacrée fête de naissance d'une boisson pétillante qui se marie fort bien avec les boissons alcoolisées à base d'orge malté) et déteste en recevoir et alors vous conclurez de vous mêmes que ce départ, ce mystère et cette attitude de chacal sont liés mais vous ne poserez pas plus de question car vous préférez préserver la vie privée de votre prophétique ami.

mercredi 16 décembre 2009

Dessine moi un mouton

Parfois, des gens font des commandes à Ahmed Kelly, directe ou indirecte : "C'est un peu chiant quand tu parles de politique", "ça fait longtemps que tu as pas fait un post marrant", "tu fais des phrases trop longues", "tu pars en couille" ...

Personnellement, je n'ai rien contre ce genre de demandes ou de commentaires, c'est cool d'avoir un retour sur son travail ; ce qui me gène plus en revanche c'est que personne n'arrive à me faire de doléances en adéquation avec mes envies personnelles. Du coup, j'en suis à me demander si mes lecteurs n'ont pas quelques lacunes en empathie télépathique. Ceci dit Ahmed Kelly sait bien que ce n'est pas vraiment vendeur de critiquer le lecteur dans ce métier donc il s'abstient et va répondre à une question : celle du petit David B. qui me demandait il y a peu : "Dis Tonton Ahmed, mon papa il veut pas me croire quand je lui dis que tu es un artiste, il dit que t'es rien qu'un fainéant et un sale escroc, pourquoi ? Pourquoi t'es pas un artiste ?"

Mes lecteurs adultes, réguliers et très demandeurs comprendront que je ne peux pas laisser ce pauvre garçon dans une telle incompréhension et me pardonneront donc de lui donner la priorité et de remettre à plus tard l'exaucement de leur si chers souhaits.

Et bien pour commencer mon petit David tu pourras dire à ton père que c'est un gros con et qu'il n'a rien compris à l'art, ensuite tu iras mettre de la glace sur ta joue pour qu'elle ne gonfle pas trop et tu pourras lui ressortir les arguments de tonton Ahmed.

Pour commencer, cassons une idée trop largement répandue chez le commun des mortels et, malheureusement, chez beaucoup de prétendants artistes : faire de l'art c'est pas de la tarte. Les gens comme ton père pensent qu'ils ont un vrai métier et qu'ils gagnent leur pain à la sueur de leur front alors que les artistes se la coulent douce en fumant des joints et en draguant occasionnellement de vieilles veuves qui ne savent plus quoi faire de leur blé ou de riches industriels qui espèrent s'acheter une respectabilité en faisant un peu de mécénat, mais tout cela est faux. Mais bon, Tonton Ahmed ne va pas te cacher la vérité : la pomme est pleinne de vers et, tu le découvriras sûrement à tes dépends, la plupart des gens ont abandonné le concept de morale dans le bac à sable où tu passes tes mercredis après midis ; et donc oui, il existe des gens qui font peu ou prou ce que décrit ton père mais on appelle généralement ces gens là des arnaqueurs. On pourrait débattre de savoir si l'arnaque est un art à part entière mais sur ce coup là Tonton Ahmed s'y connaît légèrement et il peut te dire que les autorités ne voyant pas d'un très bon oeil ce genre d'activités, il y a peu de chances que l'on fasse un jour des expositions sur l'arnaque au Grand Palais. Bon et puis commence pas à poser trop de questions non plus, tu devrais savoir qu'Ahmed Kelly n'aime pas les gens trop curieux ; ça me ferait mal de t'apprendre une autre vérité brutale de la société concernant les gens qui portent des armes mais ni uniformes, ni plaques officielles. Bref, il existe des artistes véreux, des papas étroits d'esprit et des enfants myopathes, la vie est une pute gamin, il faudra t'y faire. Mais stoppons là nos digressions pour revenir à nos métaphores alimentaires sur le difficile travail de l'artiste.

L'artiste par excellence, l'image d'Épinal de l'artiste si Ahmed ose dire, c'est le peintre dans son ateliers poussiéreux entourés de toiles plus ou moins achevées. On pourra déjà remarquer qu'il faut quand même se donner pour arriver à faire des tâches de peinture sur à peu près tout ce que contient un atelier avec une préférence marquée pour les endroits dont un pinceau ne devrait pas s'approcher à moins de trois mètres. Ce peintre donc, qui se donne tout autant pour souiller consciencieusement les parties les plus inutiles à la peinture de sa tenue vestimentaire, est, pour quelqu'un comme ton père, un sombre branleur qui, quand il n'est pas aux putes ou ivre mort dans un caniveau, donne vaguement quelques touches de pinceau sur une croute pour donner le change à ses créanciers. Pour les gens plus ouverts d'esprit, ce peintre a néanmoins un petit quelque chose de romantique qui le rend sympathique et puis finalement il est fauché comme les blés donc on ne peut pas vraiment lui en vouloir. Malheureusement, la modernité a aussi infesté la peinture et depuis qu'un espagnol chauve s'est amusé à peindre des musiciens avec la gueule carrée, des pelletés de gus pleins de tâches s'en foutent plein les poches en vendant des amas de peintures vaguement géométriques ne représentant généralement rien au premier abord avec la complicité de snobinards imbus de leur propre importance et des grands concepts qu'ils créent à la louche pour embobiner les rombières et les patrons suscités. Et depuis, même les gens qui regardaient avec un regard amusé ou apitoyé notre peintre vosgien de montmartre trouvent qu'il faudrait voir à pas les prendre pour des cons parce que leur progéniture décérébrée pourrait faire aussi bien sur leur ardoise magique. Et tu remarqueras que de ce coté là la modernité a fait beaucoup de mal à tout un tas d'autres arts, il suffit d'écouter pour s'en convaincre ces mêmes gens qualifier de bruit n'importe quel morceau de musique électronique ou de tas informe une sculpture moderne...

Mais, encore une fois, tout cela est faux, mon petit David, tous les grands peintres, mêmes les plus abstraits, ont commencé par tenter de reproduire l'objet le plus con que leurs maîtres pouvaient trouver, tous se sont briser les doigts à croquer en quelques minutes des gens nus, tous les musiciens se sont migrainés le crâne à apprendre le solfège ou les bases de la rythmique et tous les comédiens ont ravalé leur fierté pour mimer des poils de cul au fond d'un lavabo. Un artiste, quel qu'il soit, doit travailler comme un bâtard, pour le dire simplement, avant de maîtriser suffisamment son art, l'histoire de son art, son âme, son inspiration et plus que tout son geste afin de créer son oeuvre, d'y poser des fragments de son être et d'obtenir l'harmonie qui le satisfera, l'apaisera et touchera son public. L'artiste est en constant apprentissage, il se bat en permanence contre lui même, il poursuit toute sa vie l'inspiration et les évolutions de son art et il ne communique des sentiments au monde, et ainsi ne gagne sa vie, qu'au prix de ce travail perpétuel et monumental. Il n'est pas d'oeuvres reconnues qui n'aient été créées de cette façon car il n'y a pas de création sans labeur.

Admettons que ton père comprenne ce qu'Ahmed Kelly vient d'essayer de lui faire rentrer dans le crâne, Ahmed veut bien parier sa barbe qu'il continuera à te dire que ton idole n'est qu'un foutu parasite qui se lève tous les jours en début d'après midi pour aller faire le guignol sur une scène et se faire mousser sur des plateaux télés ou à des remises de prix bidons car ton père, comme beaucoup de gens, ne considère pas les acteurs comme des artistes. A sa décharge, il faudrait un nombre certain de mains pour compter le nombre d'acteurs foutrement mauvais, qui squattent le box-office et gâchent le travail de réalisateurs géniaux produits par de sombres andouilles, et le nombre de vagues célébrités, qui s'improvisent acteurs car ils ont trop rapidement atteint les limites de ce qui les a rendu célèbre, sur des doigts. Il n'empêche que les acteurs sont des artistes tout autant que les peintres ou les musiciens ; ce sont des artistes qui travaillent sur leur propre corps et sur leurs propres émotions pour donner vie à des personnages imaginaires ; ce sont des artistes qui à travers cette création se déchargent, comme les autres, des tourments de leurs âmes et des bouffés d'état créatif qui les rendraient fous si elles étaient trop longtemps contenues. Comme le peintre, le danseur, le sculpteur ou le musicien il recherche en permanence le geste parfait qui sublimera tous les essais, toutes les ébauches ou toutes les répétitions pour donner l'Oeuvre, la Création, qui touchera le public et qui comblera le commanditaire (que celui ci soit un réalisateur, un chef d'orchestre, un auteur, un compositeur, un mécène ou un quelconque producteur ; dans une société où l'argent est maître, l'artiste ne crée que trop rarement pour son seul plaisir). Car finalement l'art, sous toutes ses formes, n'est qu'un long combat entre l'artiste et son corps pour amener ce dernier à faire ce geste parfait qui exprimera enfin la pensée et la sensibilité de son propriétaire. Et, pour obtenir plus facilement ce geste parfait, l'artiste doit s'entraîner, travailler, répéter, bref, comme Ahmed te l'a expliqué plus haut : l'artiste doit se les sortir un peu du fondement et suer autant si ce n'est plus que ton malheureux paternel.

Normalement une fois arrivé là tu peux donc lui lancer à la face toute ton admiration pour cet homme, Ahmed Kelly, qui est fier d'être un acteur et un artiste et qui travaille comme un acharné pour améliorer son art et mériter ton admiration. Et si ton père continue à faire la forte tête, c'est avec plaisir qu'Ahmed Kelly lui montrera ses autres talents dans le domaine de la persuasion et de l'extorsion de fond avec ses deux plus fameux partenaires : Machette et Desert Eagle.

vendredi 13 novembre 2009

Week-Ends of Mayhem Part 2 : The Thin White Line






Après la fin du tour de magie champenois, les jours s'envolent et nous retrouvons Ahmed le Jeudi suivant. Et oui, emporté par des facéties chronologiques ce week end commence un jeudi, enfin plus ou moins ; disons que ce jeudi est une bonne mise en jambe.

Il faut savoir pour connaître tous les tenants et les aboutissants des circonstances des faits que je suis sur le point de vous raconter que vous ne comprendrez rien si vous n'apprenez pas ce qui suit. Enfin c'est à la discrétion du lecteur, Ahmed fait dans la narration démocratique, chacun prend ce qu'il veut, tout le monde peut commenter et Ahmed n'en fait qu'à sa tête. Bref, le jeudi en question Ahmed a travaillé une partie de l'après-midi à une présentation qui allait lui permettre de tirer un trait définitif sur une partie de sa vie qui aurait bien pu le conduire sur les bancs de la recherche académique, à l'académie royale de suède ou entre un tableau noir et deux douzaines d'étudiants décérébrés. Ne vous inquiétez pas, Ahmed n'est pas sur le point de changer de branche, bien au contraire, mais lorsqu'Ahmed commence quelque chose, il le finit ou il l'atomise mais comme on ne peut atomiser des études, il lui a bien fallu mettre les mains dans le cambouis. Une fois la fatidique présentation correctement bâclée et pauvrement répétée, Ahmed se retrouva dans une position délicate : d'un côté peaufiner les slides et ajouter quelques fioritures visuelles pour flatter l'oeil de l'auditoire téléphage ; d'un autre, rejoindre quelques amis dans un quelconque rade pour noyer l'ennui de la journée dans quelques bières et mettre son cerveau en condition pour la platitude du lendemain. Ahmed choisit la troisième solution et après un nombre raisonnable de bières et une foule de shooters diversement aromatisés, il rentra écraser paisiblement avec la douce assurance qu'il ne reprendrait totalement ses esprit qu'une fois la présentation présentée et l'auditoire embobinée par quelques improvisations oratoires subtilement distillées à partir de rémanences alcoolisées. Bien évidemment le plan d'Ahmed se déroula sans accro et il reprit ses esprits comme prévu dans un restaurant nippon face à celle qui n'éblouit plus mais qui reste de bonne compagnie.

Cette petite mise en jambe vous permet donc d'imaginer dans quel état Ahmed passa l'après midi : entre l'euphorie de la réussite et les remontés acides parfumées au poisson cru. Mais lorsque vint l'heure de l'apéro Ahmed a ingurgité suffisamment de café pour avoir retrouver la forme et c'est donc avec une sérieuse envie d'en découdre avec la sobriété qu'il prend la direction de son bar de prédilection en charmante compagnie. Là, rien a changé : la boisson coule à flot, Marie-Jeanne divertit l'assemblée et Ahmed et son amie retrouvent de gais compagnons pour commencer dignement la soirée. Il est prévu qu'ensuite ceux qui le voudront migreront vers un bar plus officiel de la ville lumière pour assister au set endiablé du très cher ami d'Ahmed Chuck P. mais le temps ne presse pas, Ahmed sait se faire désirer et sait surtout que lorsqu'on arrive avec Madeleine à son bras tout retard est pardonné. Quelques bières plus tard, Ahmed, ses compagnons et, surprenant plaisir, l'amie d'Ahmed frappent la route et s'enfoncent dans le métro un sandwich à la main.

Lorsqu'ils arrivent au bar Madeleine se fait discrète, Ahmed prend toujours ce genre de précaution quand il arrive dans un établissement qu'il ne connait pas, de plus il n'est pas sûr que son amie et Madeleine s'entendent parfaitement ; par contre Coraline est déjà là, excitée comme une puce comme il se doit, aux côtés d'un autre grand ami d'Ahmed, Diego M., qui devait aussi poser quelques galettes ce soir là. Les deux amis se serrent la main et déjà Coraline les prend par les épaules pour leur proposer de trouver un endroit tranquille afin de profiter de ses largesses. Personne ne se fait prier dans cette histoire et le trio se retrouve dans les toilettes de l'établissement. Quelques minutes plus tard, ils ressortent et sont accueillis par le videur de l'endroit qui, gentiment mais fermement, leur annonce qu'ils ne sont plus les bienvenus dans le bar et doivent vider les lieux séance tenante. Ahmed, soucieux de défendre l'honneur de Coraline et légèrement vexé par l'outrecuidance de l'agent de sécurité, finit son verre d'un trait, fixe le garde d'un regard et plonge déjà sa main sous sa veste pour résoudre cette affaire dans un juste déchainement de violence gratuite. Son geste lui fit cependant poser le regard sur l'amie qui l'a accompagné et sur Chuck derrière ses platines. Les liens de l'amitié sont plus forts pour Ahmed que les avances sulfureuses d'une fille de joie, quand bien même elle en procure autant que Coraline, et un bref éclair de lucidité lui fait entrevoir les conséquences dramatiques que pourrait avoir son geste sur le week end de ses amis. Magnanime, Ahmed stoppa donc son geste et sortit paisiblement de ce bar qui sera dorénavant frappé du sceau de l'infamie. A l'intérieur, un certain nombre de convives tentèrent diverses stratégies pour amadouer patrons et videurs mais rien n'y fit : le puritanisme qui s'instille dans toutes les allées de l'ancienne capitale mondiale de la fête les ronge jusqu'à la moelle et les moeurs libérés de Coraline leur font trembler l'échine et remonter les couilles.

Qu'à cela ne tienne, les amis d'Ahmed décident de continuer la soirée ailleurs et rejoignent la demeure de l'un d'entre eux. En chemin ils ont perdu la gente féminine mais ils savent qu'à l'arrivé rien n'empêchera plus Coraline et Madeleine de faire leurs shows. Choses promises choses dues, les hommes sont entre eux mais la musique, les réserves d'alcool et l'enthousiasme des deux naïades échauffent des esprits que Marie-Jeanne peine à calmer. La nuit s'écoule ensuite comme le vol immuable de l'albatros et à peine quelques instants avant que le métro ne reprenne sa course Chuck P. et l'heureux propriétaire de l'appartement font leur arrivé. S'il ne suffit que d'un prétexte pour lever son verre, celui-ci est amplement suffisant et Madeleine ne se fait pas prier pour resservir une tournée. Ahmed et ses amis sont donc encore en pleine euphorie quand le soleil pointe le bout de son rayon et rappelle au plus sérieux d'entre eux qu'une femme doit sûrement les attendre à la maison. Contraints, tout le monde rentre mais Chuck et Ahmed ne se laisseront jamais abattre par de si primaires considérations et décident de finir la soirée chez le premier. En chemin, les deux amis passent quelques coups de fil, rameutent les vrais gars et donnent quelques recommandations. Arrivés à destination, ils laissent Marie-Jeanne leur présenter sous un jour nouveau les envolées lyriques de Frédérique C. et Ludwig van B., macchabées de leur état et illustre compositeur dans des temps regrettés.

Quelques perles musicales plus tard, deux amies de Chuck et un très cher ami d'Ahmed rappliquent les bras chargés de cadeaux. Jack sera donc de l'after et Madeleine, ravie, accueille tout le monde de ses sulfureux baisés. Malheureusement, la belle a d'autres obligations et abandonne à contre coeur la compagnie. Les convives sont encore sous le charme mais savent qu'il ne durera pas toute la matinée, ils se concertent : un certain Bambi doit savoir comment joindre Coraline. Pas besoin d'en dire plus, le jeune chevreuil est appelé, rendez vous est pris. Ahmed et son ami vont faire quelques courses et reviennent quelques instants avant l'arrivé du fragile messie. Coraline est avec lui, encore plus resplendissante qu'en début de soirée, belle à croquer, fraiche comme la rosée et enflammé comme au premier jour. La soirée reprend, Ahmed s'essaie aux platines, abandonne vite, profite, rit et vit. L'instant aurait pu durer une éternité, perchés sur les toits de Paname, seuls au monde Ahmed et ses amis auraient pu rire à la face du monde et décider de ne plus jamais revenir. Dans cette si petite pièce leur horizon était infinie et qui sait dans quelle ville, sur quel continent, à quelle époque se seraient ils retrouvés en franchissant son seuil. Quand de cette façon le monde extérieur n'a pas de prise, l'homme est enfin libre de s'élever.

Mais le temps n'arrête pas son cour pour autant pour celui dont le nom fait trembler les escrocs de Paris à Rio et deux jours après avoir terrassé le dragon de la connaissance, Ahmed cesse de festoyer et retourne profiter du repos du guerrier victorieux. Détruire de bar honni sera un autre combat. De plus, il sait maintenant que Bambi a trouvé un très bonne mère de substitution et il se doute le lapin blanc ne doit pas être bien loin.

lundi 9 novembre 2009

Week-ends of Mayhem Part 1 : The Neverending Sparkling Magic

Commence aujourd'hui, une petite série de récits des week end parfois dantesques de ce cher Ahmed Kelly.





Cette première célébration de fin de semaine commence alors qu'Ahmed se demande s'il est vraiment raisonnable de se laisser encore éblouir par celle qui le fit si bien et alors que ses chères amies sont toutes indisponibles (même Marie-Jeanne, à vous dire à quel point cette histoire commence mal). Ahmed est donc là à l'attendre, elle qui éclairait ses nuits, et à se demander s'il n'est pas déjà en train de gâcher sa soirée. Il tente d'accélérer le temps à mesure que se consument ses cigarettes mais rien n'y fait : on ne trompe pas le cerveau d'Ahmed Kelly avec quelques blondes mal tassées. Seule distraction efficace pendant l'attente : un des meilleurs amis d'Ahmed, que nous appellerons Blondie pour préserver son anonymat et souligner le contraste capillaire entre les deux amis, l'appelle pour lui proposer de le rejoindre à une soirée d'une école politicienne parisienne dont il connait les organisateurs ; indécis quant à son avenir proche Ahmed décline l'invitation. Renseignements pris auprès d'un des étudiants de la dite école, Ahmed pense ne pas avoir raté grand chose, puis l'attente reprend.

Heureusement, la femme qui n'éblouit plus tant que ça n'est pas devenue cruelle pour autant et quelques minutes plus tard, elle pénètre dans le bar enfumé où l'attendait Ahmed. Elle est pressée, visiblement fatiguée et, peu encline à honorer ses engagements, propose de remettre ça au lendemain. Un rien agacé d'avoir attendu pour rien, Ahmed prend la mouche mais laisse son ancienne amante repartir. Mais Ahmed a pris une mouche vindicative qui ne les laissera pas s'en tirer à si bon compte, Ahmed rattrape donc son amie sur le point de quitter les lieux, il la confronte et le résultat est là : l'éblouissement n'est plus et la soirée vouée à l'échec. Résigné, Ahmed retourne au comptoir et commande la première boisson alcoolisée et pétillante de la soirée. Il fait le tour des possibilités et de son répertoire téléphonique, recommande une bière et rappelle son ami Blondie. Il lui fait part de ses doutes concernant la soirée proposée mais Blondie connait bien Ahmed et trouve un argument qui ne laisse plus de place aux doutes : les organisateurs, qu'il connait donc, ont prévu une bouteille de champagne par personne. Vous le savez Ahmed n'est pas du genre à hésiter longtemps pour prendre une décision et encore moins à refuser une si grande largesse, le sort en est donc jeté : ce sera la soirée dans l'école de politique.

Quelques bières et un sandwich plus tard, Ahmed approche de l'emplacement de la soirée : le quartier est beau, historique, assez inhabituel pour accueillir ce genre d'évènement ; le lieu est agréable, historique et aménagé pour accueillir ce genre d'évènement. La magie de l'alcool, combinée à l'enchantement du week end ne permettra jamais à Ahmed de retrouver l'endroit mais il n'en a cure, il sait très bien que le destin l'y reconduira si vraiment il le faut.
Ahmed arrive donc à l'entrée, habillé normalement pour un Vendredi soir qui s'annonçait sans grande prétention, les autres convives qui tentent de pénétrer dans l'établissement sont eux beaucoup plus fringués mais bien moins introduit. Ahmed est attendu à l'entrée, il salue le videur d'un grand sourire et entre sans plus de cérémonie ; ses amies l'attendent et ont prévenus ceux qui le méritaient de l'arrivée d'un Ahmed en grande forme. Habitué à des open-bars assez chaotique, Ahmed se dirige directement vers le bar et enchaîne les coupes mais quelque soit le nombre de coupes commandées, la fréquence de commande ou la mauvaise foi de celui qui commande, les serveurs sont toujours tout sourire et semblent ne pas souffrir de l'angoisse d'un soudain manque. Blondie n'avait pas menti, il y a de quoi faire couler le champagne à flot toute la nuit.

Ahmed en profite donc pour se mêler à la population et là quelque chose le frappe. Pour remettre un peu les choses dans leurs contextes, il faut savoir que ce week end se situe temporellement à la période où un certain Jean S., fils de de profession, vient de renoncer sous la pression populaire à un poste à haute responsabilité pour lequel il semblait bien trop inexpérimenté (la portée de ce coup politique nous fera peut être revoir ce jugement dans l'avenir, mais c'est là une autre question). Ahmed Kelly est donc là dans cette soirée normalement réservée aux élèves de la filière communication de cette école de politique renommée et il est frappé par le nombre de sosie de ce fameux Jean S. présent dans la salle ; frappé au point qu'entraîné par les volutes pétillantes de l'alcool du jour, il décide d'appeler tous ces sosies Jean, quelque soit leur nom véritable. Ahmed déambule, discute par ci par là, fait une remarque pernicieuse à un Jean dans l'erreur, blague un peu avec un Jean rigolard, se fait passer pour ce qu'il n'est pas, rencontre le directeur de la filière visiblement gêné et déblatère longtemps avec une inconnue sur les qualités et les défauts de ses chères amies qui n'ont pas pu venir ce soir.

Les heures passent et les amis d'Ahmed le rappellent à l'ordre : il ne faut oublier de gratifier le dance-floor et la gente féminine de leurs déhanchés proverbiaux. Blondie, Ahmed et un troisième larron descendent donc à la cave où Tequila T. tient les platines de mauvaise grâce. Ahmed et ses amis sont habiles et séduisants et il ne faut donc pas attendre longtemps pour les voir chacun une demoiselle au bras prêt à rentrer finir la nuit ailleurs. Blondie tergiverse, le champagne continue à couler, le troisième est parti déguster sa proie. Puis finalement un taxi est commandé et Ahmed rentre, seul mais heureux propriétaire d'une bouteille souvenir pétillante.

Le lendemain Ahmed est attendu pour affaire, il se lève donc de mauvaise grâce et court Paris de rendez vous en rendez vous. Le soir venu, son corps et son esprit souffrent et la magie pétillante n'est plus mais il ne faut pas se laisser abattre dans ce genre de situation et Ahmed accepte donc de partager un cocktail avec quelques uns de ses amis apprentis comédiens. Pour ne pas briser le sort, Ahmed commande une boisson à base de soda, de rhum et de menthe qu'affectionnent particulièrement nos amis cubains. Quelques verres plus tard, il est temps pour Ahmed de rejoindre l'appartement d'une de ses amies, que nous appellerons Pénélope B. pour ne pas préserver son anonymat et faire encore un peu de name dropping, pour fêter le départ de cette dernière vers des horizons lointains et pluvieux. Le principe de la soirée est simple : on ne rentre pas sans bouteille de champagne. Ahmed arrive donc avec la sienne et la magie reprend.

Le sort est encore plus beau car la soirée est privée et aucun serveur n'a été engagé, pourtant dès qu'il ne reste plus qu'une ou deux gorgées de nectar pétillant dans la coupe d'Ahmed, quelqu'un apparaît une bouteille à la main. Le verre d'Ahmed ne se vide donc jamais et tous les convives semblent apprécier la magie du moment, notamment une copine d'Ahmed à la jovialité communicative. La fête est donc dors et déjà réussi, les invités plus agréables et intéressants les uns que les autres et si ce n'avait été la petitesse du seul mètre carré de cuisine dont dispose l'appartement, elle aurait été parfaite. Les heures filent, changent au milieu de la nuit pour donner un petit répit aux fêtards mais la source de champagne commence à se tarir ; Ahmed et son amie, décidés à ne pas souffrir des affres du manque, prennent donc le parti de s'enfuir plus ou moins discrètement pour finir la soirée ailleurs.

Après une vague errance en taxi, le couple arrive à l'appartement de la demoiselle et visuellement, ou auditivement pour être plus précis, quelqu'un dans l'immeuble célèbre aussi dignement le changement d'heure ou le départ d'un proche. Ahmed et son amie cherchent avec attention dans les étages avant de se rendre compte que les fêtards sont ses propres voisins de palier. Ahmed sonne, la maîtresse de maison ouvre, reconnaît sa voisine, s'excuse platement de faire trop de bruit puis réalise qu'Ahmed et sa compagne n'ont pas vraiment la tête de personnes excédées par le bruit et qu'ils semblent un peu trop alcoolisés pour en souffrir plus tard. Elle les fait donc rentrer le plus gentiment du monde et les traite maintenant comme des invités de marque qu'il ne faut surtout pas décevoir et la magie reprend de plus belle : le magnum de champagne de leurs hôtes n'est qu'à moitié consommé et le maître des lieux, soucieux de l'hydratation de ses invités, ne laisse aucun verre se vider complétement. La fin de soirée est donc impromptue et le couple rejoint l'appartement voisin quelques heures plus tard agréablement surpris et passablement affamé.

Une courte matinée de sommeil plus tard, Ahmed rentre dans ses pénates pour se changer et faire un brin de toilette, il s'autorise une petite sieste puis retrouve l'appartement qu'il a quitté il y a quelques heures et sa charmante propriétaire pour l'anniversaire de cette dernière. Anniversaire oblige, le champagne recommence à couler gaiement mais Dimanche oblige il ne tiendra pas toute la nuit et effectivement les derniers convives s'en vont à une heure presque raisonnable pour une veille de lundi et Ahmed et son amie s'écroulent comme il convient après avoir subit un si long enchantement.

Moralité de cette histoire, comme dirait l'oncle Ben : "A grands pouvoirs, grandes responsabilités", en l'occurrence Ahmed en invoquant le dieu pétillant du sybaritisme a apporté la désolation sur les faibles espoirs de ses collaborateurs de le voir passer un week end calme et productif mais Ahmed n'en est pas à son premier tour de force et il a les épaules pour maîtriser le flot bouillonnant du breuvage du diable et de la civilisation. Le champagne fait rosir les joues, rougir les jouvenceaux et roter les jouisseurs mais d'Ahmed il ne fait que pétiller les idées.